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essais et brouillons

chroniques

Mes histoires courtes.

coucher de soleil

le 15/05/2006 à 18h59

Après cette journée ensoleillée, comme tous les soirs depuis que j'ai déménagé, je sors. Je prends la direction de la forêt. A ce moment-là, déjà, les ombres s'allongent sous les arbres. Il fait bientôt presque noir. Seuls quelques rais de lumière s'infiltrent encore entre les masses de feuilles et de branches entremêlées les unes avec les autres.

Le chemin débouche sur une falaise. Là, c'est magique. Un banc fait face à la mer, mais il est très exposé au vent, un vent froid, tant et si bien que les larmes m'en montent aux yeux. Avec grand peine, je m'assieds sur le banc. Les arbres penchent en hurlant. Une flaque d'eau, à mes pieds, juste à la limite de la falaise, lâche de temps à autre une goutte d'eau. Celle-ci coule lentement, vers la plage, en contrebas. Elle s'accroche désespérément aux rochers, elle ne veut pas tomber... Puis elle faiblit. Elle roule plus vite. Puis un peu plus vite, puis encore plus vite... Et elle est précipitée jusqu'en bas.

Je lève les yeux, et mon regard accroche celui du crépuscule. Le ciel n'est plus bleu, il est rouge, jaune, orange, rose... Comme une cascade de feu. Oui, c'est cela. C'est comme si des millions de flammèches étaient jetées du haut d'un ravin. L'éclat de ces flammèches, irradiées par la lueur du soleil couchant, projette des nuances colorées qui donnent au monde un air irréel. Le soleil n'est déjà plus visible que de moitié. Il contemple une dernière fois son reflet orange-rouge dans le bleu-vert de la mer. Il la caresse du bout de ces rayons, et elle en gronde de plaisir. Tout est parfaitement équilibré pour le spectacle ce soir, les couleurs, les émotions, la température, tout, tout a été parfaitement et minutieusement réglé par les artistes de ce ballet surnaturel, une danse où s'affrontent le rouge du soleil et le bleu de la mer, la fraîcheur du vent et la chaleur des couleurs, ma compassion pour ce soleil qui va disparaître, et ma joie d'avoir pu, une fois encore, contempler les artistes dans leur représentation, à chaque fois unique et semblable à la précédente. La lune, le dernier personnage à entrer en scène, montre enfin le bout de son nez. Sur cette danse fabuleuse tombe progressivement le rideau d'obscurité qui la clôt.

Un dernier bateau vogue sur l'immensité bleue qui s'endort, grondant paisiblement dans son sommeil. Je me lève. Il est tard. Je fais demi-tour. Un chant de marin aux intonations graves parvient à mes oreilles. Sur le port, le vieux Bernic répare son filet pour la pêche de demain.




Chronique

le 26/01/2007 à 14h12

Elle marche. Seule. Heureuse. Un sourire étirant ses lèvres roses. Le vent soufflant dans ses cheveux, jouant dans les plis de ses vêtements. Il lui chante à l'oreille des chansons joyeuses, des chansons qui parlent de joie de vivre. Elle respire le bonheur.



Elle a tout. Elle est belle. Elle est heureuse. Souriante. Ses parents n'ont aucun problème relationnel avec elle. Oh juste une petite dispute de temps en temps, mais trois fois rien, comme en ont tous les parents avec leurs enfants. Elle a des bonnes notes. Elle est même première de sa classe. Elle passe d'ailleurs parfois trois heures à aider tous ses camarades de classe à comprendre tel ou tel exercice de math, tel ou tel texte en langue vivante. Elle pourrait passer des journées à aider ceux qui en ont besoin. Elle  pense toujours aux autres avant de penser à elle, ce qui fait que tout le monde l'adore. Elle a un coeur d'artichaut. C'est une fille à qui la vie a tout donné.



SUr le chemin, en rentrant de son lycée, elle croise Mme Corvel, une vieille femme de 80 ans. Comme tous les mardis, elle était allé faire ses courses. Et comme tous les mardis, la lycéenne la raccompagne chez elle en portant ses provisions. Puis elle reprend sa route.



Le feu du passage piéton est rouge. Elle attend. Un gros matou tigré vient se frotter contre ses jambes. Affectueusement, elle passe sa main dans la fourrure de l'animal. Satisfait, il s'en va en ronronnant. Le sourire aux lèvres, elle reprend sa surveillance des feux de circulation.



Le feu des voitures passe au rouge. Celui des piétons prend une couleur verte. Elle regarde attentivement à droite et à gauche avant de traverser quand même. "On ne sait jamais" disait sa mère. Aucun véhicule en vue. Elle traverse la rue.





Le lendemain, dans la rubrique "faits divers" du parisien, on peut lire l'article suivant :


"Un jeune homme de vingt ans est arrêté pour conduite en état d'ivresse. Il a dépassé la limite de vitesse de 100 km/h. Il a grillé un feu rouge, renversant une jeune fille de 15 ans qui traversait à ce moment-là. Elle est morte dans l'ambulance qui l'emmenait à l'hôpital."